Mercredi 22 juillet 2009

Emprisonné depuis 1993, Toto Riina vient de briser pour la première fois la loi du silence pour accuser indirectement l'État et la classe politique d'être impliqués dans l'assassinat du juge Borsellino.

Tout part d'accusations lancées par un «repenti», un certain ­Gaspare Spatuzza. Cet ancien chef d'un clan de Palerme est en prison pour avoir fourni la Fiat 126 bourrée d'explosifs qui a tué le juge Paolo Borsellino et cinq agents d'escorte, le 19 juillet 1992.

Selon Spatuzza, Borsellino aurait été éliminé parce qu'il enquêtait sur des rapports entre la Mafia et certains milieux politiques. Une hypothèse soutenue par Massimo Ciancimino, fils d'un ancien maire de Palerme mort en 2002 alors qu'il purgeait une peine de réclusion perpétuelle pour ­collusion avec Cosa Nostra.

Ciancimino junior, condamné à six ans de prison pour recyclage du «trésor» secret de son père, soutient qu'il disposerait d'un document mettant en cause un agent «dévié» des services secrets, un certain Franco. Ce document, qu'il n'a toutefois pas produit, contiendrait les noms d'hommes politiques à l'époque en connivence avec la Mafia.

Ce Franco, dont l'identité réelle semble inconnue, aurait été vu sur les lieux de l'attentat de Borsellino. Le carnet rouge sur lequel le magistrat notait le détail de ses enquêtes a disparu dans l'attentat. Le procureur chef de Caltanissetta, Sergio Lari, attribue le vol à «d'autres personnes que la Mafia».

 

«C'est eux qui l'ont tué»

Cette affaire a rebondi ces derniers jours avec l'entrée en scène de Toto Riina. Le chef historique de la Mafia a été arrêté au début 1993 et condamné à plusieurs peines de réclusion à perpétuité pour des dizaines de meurtres, dont celui des deux juges. Il est incarcéré dans l'isolement le plus total, sans journaux, radio ou télévision. Seul son avocat a droit de le voir, une fois par mois.

En sortant de sa dernière visite, l'avocat, Luca Cianferoni, a fait des révélations sensationnelles. Riina aurait démenti toute négociation avec les carabiniers ou les services secrets : «Cette histoire de pacte avec l'État ne tient pas debout. Je ne sais rien du document en question. Borsellino, c'est eux qui l'ont tué.»

«Eux» pourrait être Vito Ciancimino, avec qui il était en contact et qui lui servait d'intermédiaire avec le monde politique. Ou encore d'autres chefs de la Mafia qui auraient eu intérêt à se débarrasser de lui. À commencer par ­Bernardo Provenzano, qui lui succédera à la tête de Cosa Nostra. Aurait-il été le bouc émissaire d'une négociation secrète visant à éliminer des magistrats courageux ? Un pacte a-t-il eu lieu entre la Pieuvre et l'État ? Il est encore trop tôt pour saisir tous les contours de cette affaire passablement complexe. Pour la première fois cependant, Toto Riina paraît disposé à parler. Les magistrats de Palerme et de Caltanissetta, qui enquêtent sur ces deux tragédies, se sont déclarés prêts à l'entendre «sans condition préalable».

Pour l'avocat historique des «repentis» Luigi Li Gotti, Riina cherche seulement à «dépister les enquêtes». Borsellino, qui enquêtait sur les connivences entre Mafia et forces de sécurité, aurait rencontré l'ancien ministre Nicola Mancino peu avant l'attentat. Ce dernier nie toutefois l'épisode. Selon un autre repenti, le prétendu commanditaire de l'attentat serait descendu dans un hôtel connu de Palerme, où il aurait appris par téléphone la mort du magistrat.

Un homme au visage hideusement déformé - d'où son surnom de «monstre» - aurait également cherché à son domicile, après l'attentat, l'agent secret Nino Agostino, qui sera par la suite exécuté, avec sa femme enceinte. Le «monstre» n'a jamais été retrouvé.

 

le figaro.fr

Par Alexandra
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Jeudi 9 juillet 2009
Silvio Berlusconi a choisi la difficulté pour organiser le sommet du G8 (Allemagne, Canada, États- Unis, France, Grande-Bretagne, Italie, Japon et Russie), du 8 au 10 juillet : il souhaite accueillir les chefs d’État et de gouvernement et évoquer les grands sujets (crise économique, changements climatiques, sécurité alimentaire, commerce international, Iran) dans la caserne de la police financière de L’Aquila, cette petite ville des Abruzzes ravagée par le séisme du 6 avril (300 morts, plus de 50 000 sinistrés). Il y a trois mois, cette caserne avait servi de morgue improvisée.


«Tout est prêt, je suis absolument serein »
, disait Berlusconi à la veille de l’ouverture du sommet, en évoquant la reconstruction de L’Aquila. C’est le 24 avril, lors d’un Conseil des ministres exceptionnel, qu’il avait proposé ce site pour le G8, « par solidarité », abandonnant le projet initial de le réunir sur l’île de La Magdalena, en Sardaigne : « L’Aquila, capitale de douleur, va devenir capitale du monde, car 90% de l’économie mondiale sera représentée. » Le G8 se tient à 300 mètres des tentes bleues des réfugiés.

Des dégâts évalués à 12 milliards d’euros

Bien d’autres motivations justifient ce choix risqué. Berlusconi a ainsi expliqué que les traditionnels manifestants anti-G8 n’oseraient pas venir protester dans une ville martyre et que ce sommet serait ainsi « moins coûteux », même si l’Italie aura dépensé plus de 50 millions d’euros pour l’aménagement des 55 hectares du site et des abords.

Les routes menant à la caserne ont été reconstruites.L’aéroport local a été agrandi. La préoccupation majeure a porté sur la sécurité. Depuis le séisme du 6 avril, la terre n’a pas cessé de trembler, comme le 22 juin, avec une secousse de 4,1 sur l’échelle de Richter. Berlusconi a rassuré son millier d’invités : « La caserne est une citadelle construite selon des normes antisismiques. Nos hôtes seront en totale sécurité. » Les organisateurs ont même prévu des hélicoptères en vol stationnaire permanent pour évacuer les chefs d’État en cas de nouveau séisme…


La facture a suscité la polémique et la colère des habitants. « Les choses n’ont pas trop avancé, la ville ressemble toujours à un champ de bataille, témoigne Stefano, étudiant en sciences politiques. J’ai passé mon diplôme universitaire sous une tente. » Giorgio, retraité, s’interroge : « Ici, les bénévoles sont aux petits soins pour nous, mais comment vivre décemment avec six douches et cinq lave-linge pour 250 personnes ? »

Près de 36 000 personnes sont encore hébergées dans des camps provisoires, à la sortie de la ville, et le centre historique de L’Aquila est en grande partie inaccessible. « J’accompagnerai la chancelière allemande Angela Merkel et Barack Obama voir les dommages causés par le tremblement de terre », a annoncé Berlusconi pour répondre au feu nourri des critiques, notamment sur la construction d’un terrain de basket pour Barack Obama et d’un parcours de footing pour Nicolas Sarkozy.

« Le G8 à L’Aquila, ce n’est qu’un coup médiatique, s’agace Massimo Alesii, chef d’entreprise. C’est une opération de communication. De l’argent a été dépensé pour transférer le sommet à L’Aquila, mais qu’en restera- t-il ? Pratiquement rien, alors que les fonds nécessaires pour la reconstruction n’ont toujours pas été débloqués. »

Ces fonds promis représentent près de 8 milliards d’euros d’ici à 2032,dont 1,15 milliard pour 2009. Au total, les dégâts ont été évalués à 12 milliards. Les habitants ont un autre sujet d’inquiétude : la Mafia. Elle aurait déjà pris position sur ce “marché” juteux, comme après le séisme à Naples, en 1980.Le chantier de reconstruction et de réaménagement s’annonce immense, s’étalant sur plusieurs décennies. « Alerte rouge, la Camorra est à pied d’oeuvre », a prévenu Roberto Saviano, l’auteur menacé de Gomorra, sur l’infiltration mafieuse de l’économie napolitaine.


Amélie Poisson, le 09-07-2009 - valeurs actuelles
Par Alexandra
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Jeudi 9 juillet 2009

Chef d'orchestre du G8 à l'Aquila, Silvio Berlusconi continue de déclencher des réactions épidermiques. Qui est ce personnage de comédie, adulé autant qu'il est méprisé? Massimo Nava, correspondant du quotidien italien Corriere della Sera à Paris, a répondu à vos questions.

 

LES RAISONS DE SA POPULARITE

Chloé: Tout homme politique, ayant fait ce qu'il a fait, ayant dit ce qu'il a dit, aurait été limogé. Berlusconi, lui, résiste! Il caresse les Italiens dans le sens du poil, flatte leur égo en insinuant que chacun d'entre eux peut devenir ce qu'il est. N'est-ce pas dans la nature de ce peuple (hélas, le mien puisque je suis italienne!) dont la philosophie repose sur un dicton des plus ignobles: "una mano lava l'altra" (une main lave l'autre)? Quel remède apporter à cette incurable maladie de la "légèreté"?

Chaque pays a ses caractéristiques négatives et positives, et ses stéréotypes. L'Italie reste le pays de la beauté, de l'art, mais aussi de la mafia, de Machiavel. Il serait simpliste d'assimiler le pouvoir de Berlusconi aux qualités négatives des Italiens. Il a su profiter de l'effondrement des partis traditionnels, de droite comme de gauche, du besoin de la bourgeoisie italienne d'avoir des repères idéologiques, et de la traditionnelle méfiance des Italiens envers l'institution publique, notamment en ce qui concerne le rôle de l'Etat. Historiquement, l'Etat, à la différence de la France, est vécu par les Italiens comme vexatoire, il prend de l'argent comme une gabelle sans rendre de vrais services. La fascination pour le privé, pour les capitaines d'industrie, pour un certain rêve américain, vient de là.

ralex: Les Italiens ne sont-ils pas fiers, en fait, d'avoir un président qui fait parler de lui dans le monde entier? Ce n'est pas pour sa politique, mais pour sa vie privée, mais au moins on parle de lui, et donc de l'Italie....

Tout dépend à quelle catégorie d'Italiens vous faites référence. Il faut noter qu'au moins la moitié d'entre eux sont favorables à Berlusconi, selon les sondages. Il a gagné les élections, et la stabilité de son gouvernement n'est pas sujette à discussion. C'est vrai que son image personnelle a provoqué une vague de critiques et d'embarras, même au sein de son entourage, et notamment dans sa famille. Mais il faut distinguer la vie privée de l'action du gouvernement. En ce moment, par exemple, le G8 à l'Aquila est un pari réussi, et le pari a été tenté par Berlusconi...

Loraine: Buona sera, je n'ai pas de question à poser, croyant connaitre assez bien le sujet, mais une explication possible. Vivant en Italie depuis 25 ans, je suis moi-meme très étonnée qu'un tel personnage politique soit aussi populaire et surtout ne soit pas très critiqué par la gauche. A mon avis, chacun se retrouve dans cet homme très admiré qui représente bien l'Italien moyen comme ceux que je vois autour de moi. Son arrogance, sa ruse (ne pas payer ses impots et employer au noir est un sport national), son peu de considération de la femme sont des "qualités" que de nombreux hommes politiques et de personnes influentes essaient d'imiter. Il ne fait donc que représenter ceux qu'il gouverne. Désolée si mes propos semblent racistes mais partagés tout de meme par certains Italiens qui restent malheureusement bien silencieux (la peur de perdre son emploi ou certains avantages y est pour quelque chose).

Je suis partiellement d'accord avec vous, mais il faut aussi souligner que Berlusconi a su exacerber des qualités et des attributs des Italiens un peu méconnus. Par exemple, l'esprit de la réussite individuelle, des succès économiques et sociaux, qui ne sont pas forcément bling-bling! J'ajoute que la gauche critique très vivement Berlusconi. Le fait d'avoir focalisé toute l'opposition sur l'anti-berlusconisme a peut-être ralenti ou effacé l'élaboration d'un vrai programme alternatif au gouvernement. Je vous rappelle enfin que les Italiens ont voté par deux fois en faveur de M. Prodi et de l'alliance de centre-gauche. Et ce sont les déchirures de la gauche qui ont donné le pays à Berlusconi sur un plateau d'argent.

Valdo: Au delà de ses frasques sexuelles qui sont moins graves que la corruption, c'est surtout la réduction des cerveaux que ses médias opèrent qui est grave. Comment imaginer qu'un pays riche de tant de raffinement et de cultures, savantes ou populaires, se laisse conquérir par la vulgarité à son summum?

La réponse est très simple. Berlusconi possède trois chaînes de télévision privées, et exerce un grand contrôle sur les médias publics. Dans cet univers médiatique, le rôle de la presse libre est écrit, son poids est réduit à la portion congrue. En revanche, on ne peut pas décrire l'Italie comme un pays où les cerveaux sont rabougris. A mon sens, la question se pose différemment: pourquoi Berlusconi a su conquérir le consensus des classes moyennes et populaires, notamment dans le nord et le sud du pays.

directorscut: Bersluconi, c'est un personnage de Fellini ou de Pasolini?

Magnifique question! Je pense qu'il y a un peu des deux. C'est un personnage de Fellini si on pense à la comédie à l'italienne, à Satyricon, à un chef d'orchestre plutôt tendancieux. On peut aussi penser au bonheur de la Dolce Vita. Peut-être que Berlusconi se rêve dans la fontaine de Trévi, à côté d'Anita Ekber. C'est aussi un personnage de Pasolini si on veut comprendre les phénomènes politiques. Déjà, dans les années 70, Pasolini dénoncait la régression culturelle de l'Italie, après le boom économique.

waiki: Et si Berlusconi, le "bouffon", était en fait le poil à gratter, l'empêcheur de tourner en rond de l'Union européenne? Et s'il était salutaire?

Je ne partage pas le terme de "bouffon" et l'amalgame d'actions politiques et d'image privée du leader d'un pays. Ce n'est pas Berlusconi qui peut changer ou provoquer des changements majeurs en Europe, mais un processus des grands pays européens, au sein duquel l'Italie s'inscrit comme pays fondateur. Je ne pense pas qu'il soit le poil à gratter de l'Europe, on l'a vu au G8. Il était le parfait maître de cérémonie.

Poule de luxe: "Bouffon"? Peut-être. Mais mieux vaut être un bouffon efficace et être réélu qu'un triste conformiste politiquement correct dont le pays s'enlise. Comme me le disait une amie Italienne: "C'est triste pour certains la corruption, les scandales, mais les gens ont du travail - que demander de plus?"

C'est vrai que l'Italie ne va pas si mal, mais les Italiens,toutes opinions confondues, ont le droit d'espérer un pays meilleur. On ne porte pas de jugement sur la vie privée de chacun, et même des hommes politiques, mais sur certains styles de vie, surtout quand on vit dans une époque où vie privée et vie politiques sont médiatisées et mêlées. Ces considérations sont valables, pas seulement pour l'Italie et Berlusconi, mais aussi pour toutes les démcoraties modernes. Par exemple, il suffit de rappeler l'affaire Clinton-Lewinsky, qui n'a pas empêché le président américain d'être un bon président. Ce scandale a seulement affecté son image. 

 

SES RAPPORTS AVEC LES MEDIAS

Claudio (traduit de l'italien): "Je voudrais savoir si vous, Massimo, vous ne ressentez pas de la honte par rapport à la couverture de l'Express (qui traite Berlusconi de "bouffon)? Personnellement, ce serait mon cas, même si je ne suis pas un sympathisant de Prodi. Je ne donnerais jamais du "bouffon" à Mitterrand ou Sarkozy".

Je suis d'accord avec vous sur l'utilisation d'une insulte peut-être excessive, surtout pour l'amalgame entre l'image de Berlusconi et l'image de l'Italie. Mais je dois aussi vous rappeler que c'est par l'Express, et la presse en général, que le scandale est arrivé. C'est la femme de Berlusconi qui a allumé la mèche.

louis: Comment expliquer que l'opposition à Berlusconi, qu'il s'agisse de la presse ou d'hommes politiques, soit systématiquement dénigrée et taxée de "communisme"? Quel est le ressort de cette rhétorique?

C'est Berlusconi qui a choisi, sur le plan médiatique, d'attribuer l'étiquette de communiste à tous ceux qui s'opposent à lui, journalistes, magistrats, dirigeants syndicaux, ainsi que tous les leaders de l'opposition. Peut-être que la griffe communiste est la plus facile pour délégitimer les critiques, et pour inscrire les opposants dans un anti-modernisme dépassé.

Badoumba: La presse italienne, est-elle si "fascinée" par Berlusconi aussi? Je crois que la Reppubblica fait de la résistance... Comment ça se passe entre le Cavaliere et les journalistes?

 

Ca se passe très mal, parce que Berlusconi pense que les critiques et les enquêtes sont toujours à charge contre lui et ne s'appuient pas sur des faits concrets. Par exemple, dans les dernières révélations à propos de ses relations avec des escort-girls, lui et son entourage parlent d'un complot médiatique, économique de la presse italienne et internationale.
La Reppublicca ne fait pas seulement de la résistance, mais mène une vraie campagne contre Berlusconi. Mon journal, en revanche, le Corriere della Sera, a couvert toutes les enquêtes menées à l'encontre de Berlusconi, sans rien cacher. Mais aussi sans prendre parti.

Viva berlusconi!!!: Je retourne la question. Pourquoi cette haine des journaux gauchistes européens vers cet homme élu trois fois par le peuple souverain?

Il ne s'agit pas de haine, mais de critiques et d'analyses qui viennent non seulement des journalistes de gauche, mais aussi de journalistes qui essaient seulement de faire leur travail. L'un des plus importants journalistes italiens, Enrico Mentana, le PPDA de la télévision de Berlusconi, a du démissioner et se trouve actuellement au chômage. Il a été poussé vers la sortie pour avoir qualifié de "comité électoral" les dirigeants des chaînes de Berlusconi. Mais le deuxième parti de votre question énonce une vérité: les Italiens ont élu Berlusconi trois fois. Mais il faut aussi réfléchir au système électoral qui a favorisé sa victoire, au sein duquel il existe une prime de majorité.

cloop: Les frasques et les dérapages de Berlusconi sont-ils aussi médiatisés en Italie qu'ils le sont en France?

Ils le sont même beaucoup plus. La France comme d'autres pays européens parlent de ça parce qu'elle lit les journaux italiens. J'ajoute que l'Italie, c'est aussi le pays du mélodrame et de la comédie. Tout est mis sur la place publique avec plus de transparence et, parfois, moins d'hypocrisie.

Fante: Vous êtes Italien. La condescendance des Français à l'égard de Berlusconi ne vous fatigue-t-elle pas de temps en temps?

Oui, parce qu'il est très difficile d'expliquer et de mettre des distances entre le phénomène politique et la personnalité de l'homme, entre l'action politique du gouvernement et ses gaffes médiatiques.

 

QUEL AVENIR POUR LE CAVALIERE?

fratelli: Et si ce qui dérangeait vraiment les Français, plus que les frasques de Silvio Berlusconi, c'était sa proximité avec les fascistes de la Ligue du Nord?

Je ne sais pas ce qui dérange les Français à propos de l'Italie, mais je tiens à dire que la Ligue du Nord mérite une analyse beaucoup plus poussée. Il ne s'agit pas de fascistes, et on ne peut pas établir de parallèle avec le Front national de Jean-Marie Le Pen, sauf pour un phénomène social qui est comparable en France et en Italie. Les classes populaires, les anciens ouvriers traditionnellement à gauche se tournent vers la Lega pour des raisons de sécurité et parce qu'ils ont peur d'une immigration incontrôlée. Le paradoxe italien, c'est que dans les administrations locales gouvernées par la Ligue, il y a le plus grand nombre d'immigrés qui travaillent dans les usines des petits patrons... de la Ligue.

aieaie: L'Italie ne serait-elle pas en train de devenir une oligarchie?

Pas du tout. Je pense qu'au-delà des questions du contrôle des médias qu'on a précédemment évoqué, l'Italie reste démocratique. Comme elle l'a démontré ces 15 dernières années, il y a eu, et il y aura sûrement encore, une alternance.

jujube43: Qu'est-ce qui pourrait faire tomber Silvio Berlusconi?

Pas la gauche, pour commencer. Peut-être ses propres alliés, notamment Gianfranco Fini, le président de l'Assemblée, que beaucoup d'observateurs étrangers considèrent simplement comme l'héritier du post-fascisme. Au contraire, il a assumé dans les dernières années une vraie posture de centre-droit, libéral, moderne, social. J'oserais dire qu'il est même très proche d'une pensée gaulliste.

Klop: Et si Berlusconi avait été français?

Je n'imagine pas un Berlusconi français, parce qu'au-delà d'une facile comparaison entre le bling-bling de Sarkozy et le style de notre Silvio, la conception de l'Etat, le système du pouvoir et la tradition gaulliste s'opposent à la culture politique italienne. En tout cas, s'il fallait à tout prix l'imaginer, j'aurais espéré un Berlusconi dans le rôle de Premier ministre, pas à l'Elysée!

 


 

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Par Alexandra
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Jeudi 9 juillet 2009
L'Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l'Homme (FIDH - OMCT) publie aujourd'hui son rapport annuel 2009 . Roberto Saviano, journaliste et écrivain italien, auteur de Gomorra, nous a fait l'honneur de préfacer cet ouvrage, voici son texte :

"Les droits de l’Homme : quiconque prononce ces mots, dans notre occident démocratique, semble entonner une litanie traditionnelle, une litanie sacrée certes mais qu’on écoute désormais d’une oreille distraite. Quelque chose qu’il faut dire, répéter, célébrer, une habitude rituelle. Respectée, mais rien de plus. Au pire, la télévision nous impose un spot humanitaire concernant des pays lointains, des nations aux noms incertains, dont les frontières semblent tracées à la règle, comme celles de l’Afrique profonde, nous parle de régions du Moyen-Orient dont nous parviennent des images d’enfants ensanglantés, en pleurs, de femmes voilées qui hurlent, de nouveaux massacres et parfois de nouvelles protestations, de nouvelles interventions de l’ONU, aussi inutiles que les précédentes. Mais dans la plupart des cas : rien. Les droits de l’Homme seraient devenus un domaine réservé aux spécialistes, les préposés aux dossiers au sein des institutions spécialisées ou des ONG indépendantes. L’occident, bien souvent, ne se sent pas concerné par ces problèmes, quand il prétend s’y intéresser c’est un peu comme s’il faisait un cadeau à ces pays de seconde classe, une concession des démocraties aux Etats encore à genoux, mal développés, difformes. Comme si la question des droits de l’Homme se posait toujours ailleurs, comme si concrètement il s’agissait encore et toujours du problème des autres.

Il est parfois difficile de faire la preuve que le problème, au contraire, nous concerne toutes et tous, où que nous nous trouvions, pas uniquement pour des raisons morales, ou par un sursaut de conscience. Il faut démontrer que le monde est un et indivisible et que nos frontières, nos constitutions démocratiques ne suffiront pas à nous protéger contre les forces qui gouvernent en réalité ce monde et pour lesquelles la charte des droits de l’Homme n’est qu’un chiffon de papier.

 

Cet ouvrage est un hommage à ces femmes et ces hommes qui, au cours de cette année 2008, parfois au péril de leur vie, se sont battus parce qu’ils sont habités de l’idée que la question des droits de l’Homme nous concerne tous. Cette année, en plus des conflits armés, des crises électorales ou institutionnelles, de la lutte contre les “terrorismes”, le combat en faveur du respect des droits de l’Homme a été profondément marqué par une crise alimentaire puis financière mondiale.

La crise financière est en train de faire couler à pic l’économie de tous les pays industrialisés, elle risque d’affecter durablement les économies si fragiles des pays en développement, et de les précipiter toutes dans un abîme dont personne ne peut mesurer ni imaginer la profondeur. Mais surtout, personne n’est en mesure d’évaluer ni la durée de la chute, ni la douleur que va provoquer le choc lors de l’impact.

Les entreprises les plus saines se débattent ou succombent, on ne dénombre même plus le nombre de personnes qui se retrouvent sans emploi ou tout au moins appauvries, la consommation baisse inexorablement et n’importe qui, n’importe quoi qui réussit à s’insérer dans ce cercle vicieux peut apparaître soudainement comme une soupape de sécurité. On doit recourir à des taux de crédit usuriers, parce qu’on n’a plus accès aux lignes de crédit des banques, en règle générale on cesse de se préoccuper de l’origine des capitaux, des investissements ou des financements - d’où qu’ils proviennent ils sont désormais accueillis comme une manne céleste, et c’est là un phénomène des plus dangereux.

Des “crises” en 2008 ont déjà donné lieu à une multiplication des mouvements de protestation sociale. Au Cambodge, au Cameroun, en Corée du sud, en Tunisie, en Colombie, au Zimbabwe et ailleurs, des femmes et des hommes ont envahis la rue pour réclamer le respect de leurs droits sociaux et économiques et les leaders pacifiques de ces manifestations ont trop souvent été ciblés par la répression. Un avant goût de ce qui nous attend dans le contexte de la crise actuelle et des mouvements sociaux qu’elle entraînera légitimement ?

S’il est vrai qu’il y a toujours quelqu’un qui tire profit des moments de crise, ce quelqu’un en ce moment c’est avant tout l’économie du crime. Face à la démission des institutions qui ont pour tâche de gérer l’Etat, notamment les pouvoirs exécutifs et judiciaires, la criminalité organisée, profitant de dérégulations complaisantes, développe une économie parallèle. Cette économie criminelle - transnationale et mondiale comme la crise elle-même - qui vend des armes en Afrique pour acheter aujourd’hui du coltan et hier des diamants, pour faire passer la drogue destinée aux marchés les plus reculés, qui provoque la chute de chefs d’Etat. Les massacres au cours desquels on piétine les droits de l’Homme semblent, dans la plupart des cas, déclenchés par des idéologies religieuses, des haines ethniques, ou la simple férocité et la soif de pouvoir : ils cachent bien leur véritable odeur, l’odeur du sang qu’ils font couler. Ce sang pue l’argent. Toujours. Dans tous les cas. Pas seulement en Afrique, mais en Europe aussi, comme dans les Balkans. Où bien souvent les chefs des milices qui égorgeaient la population civile appartenant aux ethnies rivales étaient simultanément aux commandes des trafics illicites auxquels ils se livraient entre eux, entre collègues. Business is business, comme d’habitude.

Dans les pays où sévit une forte criminalité, les droits de l’Homme sont étouffés par les organisations criminelles, toute possibilité de développement de la liberté étant entravée par celles-ci. Bien souvent ces organisations finissent par ne faire qu’un - ou presque - avec le pouvoir politique. La criminalité organisée ne pourra jamais accepter l’Etat de droit, les preuves nous sont abondamment fournies par nos propres mafias, considérées par le reste du monde comme une réalité et un mythe fondateur. A l’heure actuelle, l’économie criminelle est en train de prospérer et de progresser, en faisant débarquer, dans tous les pays du monde, ses hommes et ses capitaux. Elle est en train de ronger comme un cancer les fondements mêmes de nos démocraties. Les droits de l’Homme sont en danger partout.

Dans ce contexte déliquescent, le crime organisé finit par subvertir des Etats faibles, imposant sa logique sanglante et brutale. Il aggrave les inégalités en développant une économie parallèle pour laquelle la vie humaine n’a aucune valeur. Les défenseurs des droits de l’Homme dénonçant les violations et abus commis se retrouvent alors bien souvent dans le collimateur des auteurs de ces crimes.

Or le droit international nous rappelle qu’il est de la responsabilité première des Etats non seulement de lutter contre les violations des droits de l’Homme, mais également de protéger les défenseurs des droits de l’Homme qui dénoncent ces mêmes violations, et de veiller à un environnement propice à la conduite de leurs activités.

Voilà pourquoi aucun débat n’est aujourd’hui plus actuel que celui sur les droits de l’Homme. C’est le débat fondamental qui devrait nous permettre de définir ce qu’est un être humain, vers où le conduit son chemin, et surtout de confirmer une fois de plus que là où il n’est pas libre d’être, de parler, de s’exprimer, de décider de son propre destin, un Homme cesse d’être un Homme. L’année que nous vivons est peut-être celle où, en raison de la crise, chaque citoyen prendra conscience que les droits humains sont un impératif quotidien, qui ne se pose pas seulement dans des pays lointains, imaginaires et désertiques, ou dans les mondes bombardés. Les droits de l’Homme font partie de l’air que nous respirons, et renoncer à savoir, à connaître et à agir signifie renoncer complètement à soi-même, aux autres, et à l’avenir de ce que nous serons.

N’oublions pas celles et ceux qui se battent pour la liberté, l’égalité et la justice. Tous ensemble, nous pouvons et nous devons faire que ce combat n’emprisonne personne mais nous libère tous. "

 

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Par Alexandra
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Jeudi 9 juillet 2009

Bio express de Berlusconi

1936 Naissance à Milan.

1961 Début de la construction de son empire (immobilier, médias, édition, club de football...), baptisé Fininvest en 1978.

1994 Entre en politique: fonde le mouvement Forza Italia. Il devient président du Conseil.

1996 Défaite aux élections législatives.

2001 De nouveau président du Conseil, il forme son deuxième gouvernement, avec la Maison des libertés (alliance de droite).

2006 Nouvelle défaite, face à Romano Prodi.

2008 Obtient un troisième mandat de président du Conseil, avec la coalition de centre droit.

2009 Crée un nouveau grand parti, le Peuple de la liberté (PDL).
Par Alexandra
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